Chapitre 10

Le pardon

"Je vous donne un commandement nouveau :
vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres." (Jean 13-34)

Le pardon, c'est tout le sens du Pater Noster, la prière enseignée par le Christ. Si nous ne pardonnons pas, alors comment Dieu pourrait-Il pardonner toutes les offenses que nous avons commises depuis la chute originelle et durant les milliers de vies que nous avons eues depuis?

J'ai mis plus de trente ans à comprendre le pardon. Gamin, je suis rentré plusieurs fois dans les églises, j'ai même demandé plusieurs fois au Christ : "Pourquoi faut-il pardonner? Si tu pardonnes systématiquement, l'autre recommencera. Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?".
Et à chaque fois, c'était le silence dans l'église. Puis un jour, vers mes 33 ans, quelques mois avant la rencontre à Châtel-Montagne, je me décidai à pardonner au plus profond de moi-même, mais sans comprendre. Avec tout mon coeur, au plus profond de moi, j'ai dit quelque chose comme ceci :

"Je pardonne à tous les êtres qui m'ont offensé, dans cette vie ici-bas, dans toutes les autres vies passées quelle que soit la blessure dont j'ai pu souffrir. Je me pardonne à moi-même. Je demande pardon à tous les êtres que j'ai offensés dans cette vie et dans toutes mes vies passées. Je demande pardon à Dieu pour toutes les offenses que j'ai commises envers Lui."

Cela m'a beaucoup libéré. Je sentis un souffle partant du coccyx montant le long de la colonne vertébrale. Des personnes m'ont dit que c'était un début de Kundalini.... maintenant je sais que non. C'est quelque chose de vraiment merveilleux qui allait se finaliser à Jérusalem lors de mon pèlerinage en décembre 2013. La Kundalini est liée au serpent. Le Christianisme n'a pas pour but l'Eveil grâce au serpent... mais plutôt l'éradication du serpent et l'Eveil dans l'Esprit Saint.

Le temps passa. Un jour, je fus violemment agressé par un homme sans raison. Il voulait me cogner, je gardais mon calme. Il m'insultait. Plusieurs fois, j'entendis des voix : "Vas-y! Insulte-le, pour qui se prend-il?". Ces voix me proposaient plein de mots grossiers pour rétorquer. Je les étouffais tant bien que mal. De retour chez moi, je repensais à l'évangile. Là encore, le Christ avait donné l'exemple. Il avait Lui aussi été bafoué, insulté. Au Golgotha, Il avait pardonné sur la Croix : "Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font." (Evangile de Luc 23-34).
À mon tour de Le suivre. Je m'assis en face d'une icône du Christ et je Lui dis : "Je pardonne à cet être qui m'a offensé". Silence...
Puis je récitais un chapelet pour ce monsieur car le Maître l'avait dit lui-aussi, il faut pardonner et prier pour l'être qui vous a offensé.

Et puis un jour j'ai enfin compris. Le pardon, c'est un acte d'amour, un acte d'amour inconditionnel. Oui, mais qu'est-ce que c'est dur de pardonner!
"Aimez-vous les uns les autres" a dit le Christ. Comment s'aimer les uns les autres si on ne fait pas table rase du passé. Voilà pourquoi il nous faut pardonner au plus profond de notre être. Avec le pardon, tu brises tous les liens qui t'enchaînent à l'autre au moment où l'autre t'offense. L'autre n'a plus aucune prise sur toi, il demeure seul, enchaîné dans son blasphème. Voilà donc pourquoi il faut aussi prier pour celui qui t'offense afin de le libérer aussi de ces chaînes.

Tu ne peux comprendre le pardon qu'en le vivant.

Voilà encore une anecdote énigmatique que j'ai vécue. Je vais un jour à l'église de mon quartier. Je me recueille devant la Croix comme à mon habitude. Je Lui évoque des problèmes contre des êtres non incarnés pour la plupart adhérant à une certaine philosophie de pensée que je ne peux citer et que Lui-même m'a fait rencontrer.
Le Christ me dit alors: "Je veux que tu partes en guerre". Je tressaille. Ces êtres, je me suis battu contre eux et un peu malgré moi si je puis dire dans un certain pays que je ne peux citer : ils sont très puissants. Là, tu n'as pas d'armes à feu, à quoi bon? Comment veux-tu transpercer des êtres qui ne sont plus dans la matière? Mais eux peuvent te cogner car ils ont accès à la matière... et ils m'ont frappé.
De mon côté, j'avais deux armes redoutables : Le pardon et la prière! Souvent je leur disais : "Moi je ne suis rien, mais Celui qui est avec moi peut tout. Je vous pardonne vos offenses" et je récitais des Ave Maria, des Pater Noster, le Credo ou le Gloire au Père... C'était pour eux pire que tout, ils enduraient des souffrances indicibles. Une fois le combat fini, j'étais triste! Pourquoi ces êtres, qui sont nos frères, avaient choisi les ténèbres et non la Lumière?
Je me demandais aussi comment ces êtres, certes puissants, souffraient autant, et par quel mécanisme? On me suggéra alors que lorsqu'on priait, ces prières rentraient en eux. L'amour inconditionnel pénétrait en eux, ouvrait un peu leur coeur et leur esprit à la Lumière. Cela leur provoquait comme une tentation, comme un élan... celui d'aller vers la Lumière. Elan terriblement réprimé par Celui qui divise, d'où les souffrances. Le Maître avait prévenu : "Le Diable est très puissant, et il exauce ceux qui sont sur sa route, alors que Dieu ne les exaucerait pas; mais il fait toujours payer ses dons". (Carnets de Victoire Philippe, page 33.)

Je retourne donc chez moi perplexe, "en guerre"... mais cela veut dire quoi partir en guerre?
Le lendemain, je retourne à cette même église. J'ai préparé une prière pour partir en guerre. Je demande au Ciel l'éradication systématique de cette forme de pensée ainsi que la destruction de tous les monuments qui y sont associés. Je suis conscient d'une telle demande.
Je m'approche de la Croix dans cette église, je ne suis pas très sûr de moi, j'ai peur d'être à côté de la plaque. Je récite ma demande... mais je sens bien que cette prière ne plaît pas au Christ. Silence...
Je repars, embarrassé, vers La Très Sainte Vierge Marie au fond de l'église, comme à mon habitude pour réciter mon chapelet. En m'avançant vers Elle, je hausse les épaules, je Lui dis : "Je ne comprends pas". Silence...
Je m'assoie devant Elle, je récite mon chapelet. Brusquement tout s'éclaire, plus je récite, plus les images de l'Evangile me reviennent. On montre des joues et j'entends : "Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tend lui aussi l'autre joue". (Evangile selon Matthieu 5 38-42.)
Je souris, j'ai compris. Une fois mon chapelet terminé, je retourne près de la Croix : "J'ai compris, Tu veux que je pardonne à ces êtres. Mais Seigneur, ils m'ont forcé à m'agenouiller devant d'autres dieux que Toi, ils m'ont forcé à les saluer, ils m'ont frappé physiquement, ils m'ont insulté. Et Toi, Tu veux que je pardonne". Silence...
Je poursuis sincèrement: "Et pourtant il n'y a aucune haine dans mon coeur, juste de la tristesse qu'on ne soit pas tous unis". Je prenais conscience de l'efficacité du chapelet : associé aux actes, la haine et l'esprit de vengeance s'étaient effacés de mon coeur.
Puis je dis de tout mon coeur : "Oui, je pardonne à tous ces êtres qui m'ont offensé". Silence...
Alors une voix, que je reconnaissais, venant d'un être extrêmement puissant traversa l'église aussi rapidement qu'une rafale de vent en disant : "Je te maudis". Je tressaille. J'entends alors plusieurs voix qui me disent "maudis-le toi aussi" puis plusieurs insultes. Je me ressaisis et déclare : "Non... je lui pardonne".
Et une voix grave, pleine d'autorité, venue de la Croix me déclara :

"TU FAIS BIEN."

Je tressaillis à nouveau. Je remerciai puis je retournai chez moi.





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